Nuit insolite à Saint-Jean Pied de Port : 41 rue de la Citadelle

Qui m’aurait dit qu’en passant à St-Jean Pied de Port, je passerais une nuit en prison ?…

Un week-end de randonnée en Pays Basque, voilà une belle occasion de profiter du grand air et se changer les idées.
Le programme concocté par mon amie Maya : départ de Bayonne au matin, destination Saint-Jean Pied de Port, pour marcher sur les pas des pèlerins de Compostelle.
Une fois la voiture garée, nous voilà partis à l’assaut de la citadelle et des Pyrénées !

Balade dans le village, passage au-dessus du ruisseau Artzuby, traversée des vignes à flanc de montagne… Pause pique-nique. Là, une vue imprenable sur les crêtes des Pyrénées et la vallée…
De retour en fin Prison des Evêques à St-Jean Pied de Portd’après-midi à St-Jean Pied de Port, la tête pleine de merveilleux paysages, nous faisons un tour du village, et tombons face à une grande bâtisse, dont le nom nous intrigue : Prison des Evêques. Maya insiste, elle veut absolument faire la visite ! Nous regardons les horaires de visite, il faut nous dépêcher, car la fermeture est proche… seulement 30 minutes. J’y vais à reculons, moi, je n’aime pas les visites… Ah non, pas de guide ! Nous voilà donc partis en solo !…

Ce monument, la Prison dite des Evêques est entourée de mystères sur ses origines… Le corps de garde, un vaste couloir au rez-de-chaussée qui donne accès aux cellules disciplinaires… finalement, c’est assez spacieux, mais pas très confortable : en guise de couche, une dalle de pierre inclinée. Maya part devant, elle veut absolument voir l’exposition sur les Chemins de Compostelle

Tant de souvenirs sont gravés ici : des chaînes scellées contre les murs, avec un collier. J’imagine ce lieu quand il était prison… au travers des siècles…
Soudain, une porte qui grince, un claquement qui retentit, un bruit de clés, la lumière s’éteint, plus de repères … je crie mais personne ne me répond ! J’avance à tâtons, jusqu’à une porte en bois : fermée ! Me voilà condamné à passer la nuit ici. Peut-être y aurait-il une autre sortie…
Le temps que mes yeux s’habituent à la pénombre, je découvre les lieux à la lueur des lucarnes.
Je m’avance dans le couloir jusqu’à un escalier exigu… j’ai l’impression d’entendre quelque chose en bas, c’est peut-être Maya, mais pourquoi ne me répond-elle pas ? Je descends prudemment, marche après marche. Plus je descends, plus je distingue les sons : comme des coups de marteaux sur la pierre, réguliers, des bruits d’outils, des chuchotements.
J’entre dans une vaste salle voûtée médiévale : vide !

J’observe ce qui m’entoure : les parois intérieures en pierre, d’étranges signes sont gravés sur la voûte ; ce sont certainement ces fameuses marques de tâcherons dont m’a parlé Maya, la signature des tailleurs de pierre du Moyen-Age.
Je poursuis mon exploration, une petite pièce sur le côté… Je fais face à un homme en costume, il me semble immense ! C’est un chevalier, je vois son armure, son épée…
Arrrgh ! Il fonce vers moi… je l’évite de justesse en me jetant au sol. Je me relève, le silence…
Je fais le tour de la salle, on dirait une ancienne porte, mais maintenant murée… De ce côté, pas d’issue.

J’entends un cri à l’étage, je ne sais que faire… Si seulement Maya était là, elle aurait sûrement une idée. Des bruits de chaînes, des plaintes… Je prends mon courage à deux mains et repars vers l’escalier, pénètre dans le couloir sombre. Je file tout droit, sans regarder sur les côtés.
Une grosse porte de bois avec une imposante serrure… des graffitis vestiges de l’histoire du lieu. Je déchiffre deux noms : Joubert, Himelspach… Je me demande de quand ça date, de la seconde guerre mondiale, quand les Allemands enfermaient les fuyards qui tentaient de rejoindre l’Espagne ou du XVIIIe, avec les soldats de la garnison…
Soudain, j’entends des pas, je me jette dans une pièce sur le côté pour me cacher… Je me retourne et là, horreur ! Je me retrouve enfermé dans une cellule, enchaîné avec d’autres prisonniers…
Au secours ! A l’aide !

J’entends une voix au loin, enveloppée de mystère… Peyo, Peyo… réveille toi !
Et soudain, je sens une main sur mon épaule ! C’est Maya qui me secoue. Je suis en nage, elle me regarde, surprise, et me demande de quoi je rêvais pour m’agiter comme ça… Finalement ce n’était qu’un mauvais rêve !
Ce qui est sûr, c’est que je m’en souviendrai de notre escapade à Saint-Jean Pied de Port !

Pélerinage de la Saint-Blaise

Comme chaque année, le 3 février fête la (ou les) Saint-Blaise, l’occasion pour notre église préférée de célébrer son saint, martyr du même nom. Retour sur cet homme à la vie bien mouvementée ! Et qui fait tout de même l’objet d’un pèlerinage, et ça ce n’est pas rien.

Bon, que sait-on de notre homme ? Qu’il était arménien, et qu’il était évêque, mais aussi médecin. Médecin spécialiste, s’il vous plaît, spécialisé dans… les objets coincés dans la gorge ! Défilaient dans son « cabinet » les amateurs de poissons dont une vilaine arête s’était logée dans la gorge. Et oui, bien pratique vous vous dîtes ! Mais maux de dents et maladies des animaux faisaient également parti de son palmarès médical.

Notre saint, de son autre nom Blaise de Sébaste, était aussi le patron de la ville croate de Dubrovnic, dans laquelle il serait apparu depuis les airs (oui oui, les airs, là-haut). Sauveur bienveillant, il se serait donné pour mission de prévenir les habitants d’une attaque imminente des Vénitiens. En 971 (après Jésus-Christ), la vie connaissait déjà moultes intrigues.

Enfin, écoutez bien, c’est maintenant que l’histoire se corse. Persécuté, Saint-Blaise se cache dans une caverne et y vit en ermite, entouré d’animaux dont certains se font soigner, d’autres manger (il fallait bien que notre homme subsistât ). Un jour (pas comme un autre), le gouverneur local, en pleine partie de chasse, tombe sur la grotte et sur l’ermite entouré de ses acolytes animaux. Notre homme est découvert ! Alors que le gouverneur décide de le ramener avec lui, Saint-Blaise sauve un enfant en cours de route qui avait avalé une arête de poisson (encore une !) et règle son compte à un loup voleur.

Arrivé à destination et ne pouvant obtenir de Saint-Blaise qu’il abjure ses croyances, le gouverneur le jeta en prison. Rien moins que ça. Plus tard, l’horrible homme d’état entama des tortures sur notre saint, à l’aide de peignes de fer, avant de le jeter dans un étang. Mais loin d’être en manque de ressources, Saint-Blaise fit rapidement un signe de croix, et, ni une ni deux, la surface de l’étang devint solide.

C’en était assez pour le gouverneur, qui décida net de le décapiter. Et cette fois ce fut la fin, la vrai. Saint-Blaise était mort en martyr. Il demanda alors à Dieu que quiconque l’invoquerait pour un mal de gorge ou une autre maladie fût exaucé, et cela lui fut accordé. Une dernière faveur, bien méritée.

En savoir plus sur l’église de l’Hôpital Saint-Blaise, classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco sur le chemin de Saint-Jacques.

Eglise de l’hôpital Saint-Blaise : mi-romane, mi-mauresque

Nichée discrètement dans la campagne souletine, l’église de l’Hôpital Saint-Blaise étonne par le contraste entre sa simplicité et son originalité. Petite, mais trapue. Discrète, mais présentant des éléments majeurs d’influences hispano-mauresques. Peu connue, mais classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Ce qui frappe le plus au premier abord, c’est sans doute la simplicité de l’édifice. Et pourtant, chaque coup d’oeil appuyé permet de repérer rapidement les influences diverses dans la construction, parfois majeures. Hispano-mauresques par exemple, comme sa célèbre coupole. Située à la croisée du transept, elle en est l’exemple le plus impressionnant. Prenez le temps de la regarder en détail, vous y différencierez trois étages différents. C’est cette coupole qui rappelle le plus l’Espagne musulmane. Les connaisseurs y reconnaissent rapidement le style utilisé dans des édifices comme la Mosquée de Cordoue ou l’ancienne mosquée Bâb al-Mardûm de Tolède. Au nord des Pyrénées, seules les églises de l’Hôpital Saint-Blaise et celle de Sainte-Croix d’Oloron possèdent une coupole nervée de ce type.

L’influence hispano-mauresque se ressent également dans la présence de décor sur les Claustra de l'église de l'hôpital Saint-Blaiseouvertures de l’église. Traits caractéristiques, celles-ci sont ornées de claustras : neuf dalles de grès sculptées et ajourées. Motif géométriques ou floraux, entrelacs, gouttes ou étoiles à cinq branches… une telle abondance et une telle variété de motifs dans une église romane sont uniques en France ! L’influence est ici sans appel, c’est bien en Espagne que l’on retrouve le plus de claustras de ce type, comme à l’église de Torres del Rio en Navarre, celle de San Miguel de Lillo dans les Asturies, ou d’autres encore en Aragon.

Comme pour parfaire l’originalité et la mixité du lieu, l’église possède également des éléments baroques. Transformations apportées à partir du 17ème siècle, après les dégradations des guerres de religion. Les amateurs d’art noteront la tribune en bois située au-dessus de la nef, réservée aux hommes comme le veut la société basque qui laisse l’accès au sol de l’église aux femmes, gardiennes du culte des morts. L’influence baroque s’affiche également dans le choeur de l’église, où le retable de style baroque rural naïf (courant dans la région à cette époque) célèbre Saint-Blaise, ancien médecin devenu évêque en Arménie et décédé martyr en 316.

+ Découvrir l’église de l’Hôpital Saint-Blaise

L’église qui n’avait pas sa pareille au Pays Basque

L’église de l’Hôpital Saint-Blaise. On y faisait autrefois halte avant la difficile traversée des Pyrénées. On s’y arrête aujourd’hui pour se plonger dans l’histoire des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

L’église de l’Hôpital Saint-Blaise est tout de même la seule église basque à mélanger autant les styles. Comme quoi les hommes et l’histoire ont su ancrer leur trace dans la pierre, quelque soit l’époque. Et c’est indéniablement ce qui donne du sens à ce lieu, classé depuis 1998 au Patrimoine Mondial de l’UNESCO comme site majeur sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Coupole de l'église de l'Hopital Saint-BlaisePetite check list d’une église pas comme les autres :
+ Son architecture mélange l’austérité romane à l’exubérance hispano-mauresque
+ Son clocher-lanterne central est unique au Pays Basque
+ Ses claustras mudejar de type moucharabiehs apportent une lumière chaude et tamisée
+ Une partie de la charpente actuelle date du 12ème siècle !
+ Sa coupole d’origine hispano-mauresque est inspirée de la mosquée de Cordoue, édifiée au 10ème siècle.
+ Sa coupole repose sur des arcs entrecroisés en étoile dont les branches reposent sur des corbeaux moulurés.

Comment, vous n’avez pas encore envie de découvrir ce joyau idéalement situé au cœur d’un joli vallon boisé ?

+ Visiter l’église de l’Hôpital saint-Blaise

Sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle

Le premier pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle date de 950 ! Aujourd’hui, 1062 ans plus tard, les chemins sont toujours empruntés par les pèlerins traversant le Pays Basque pour se rendre en Galice.

Pèlerin de Saint Jacques de CompostelleSi le village basque d’Ostabat se trouve à la croisée des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, la ville de Saint-Jean-Pied-de-Port en est l’une des grandes étapes. Sa situation privilégiée au pied des Pyrénées constitue une halte de choix pour les milliers de pèlerins qui s’apprêtent à traverser les Pyrénées par le Col de Ronceveaux, pour poursuivre ensuite leur chemin côté espagnol.

A Saint-Jean-Pied-de-Port, nombreux sont les témoins de l’histoire du pèlerinage, à commencer par les pèlerins eux-mêmes, chaque jour de l’année présents dans la ville en quête de repos, chaussures de randonnée aux pieds, sac sur le dos et coquille bien accrochée. Si ceux-ci entrent par la porte Saint-Jacques, ils en ressortent par la rue d’Espagne, à part l’époque, rien a changé.

La Prison des Évêques, mystérieux bâtiment sur lequel plane encore un voile d’ombre, abrite aujourd’hui une exposition (avril à novembre) sur les chemins de Saint-Jacques de Compostelle au Moyen Age. Des personnages en costume d’époque rappellent que les équipements, eux, ont évolué !